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Culture

Chars et Biens immatériels : Le Karatsu Kunchi

By Keitsuya
Nov 07, 2017 22:23

Dragons, casques de grands guerriers, tortue ou orque… Tant de créatures sacrées pour l’archipel qui prennent formes pour le plaisir des yeux des plus grands comme des plus petits ! Tous les ans, et depuis près de quatre siècles se déroule entre le 2 et le 4 novembre l’un des plus grands festivals de l’île de Kyushu : le Karatsu Kunchi.

Ces trois jours font de la ville tranquille de Karatsu une véritable destination touristique, accueillant chaque année pour ce festival automnal entre 200 000 et 400 000 visiteurs.

Où est-ce que ça se passe ?

Dans la ville de Karatsu à environ deux heures de Fukuoka. Il s’agit d’un port de pêche où il fait bon vivre du fait d’un doux climat annuel. Cernée par un splendide bord de mer, de grandes plages et de beaux paysages, la ville présente plusieurs points d’intérêts. A 20 minutes à pieds de la gare, se tient un château datant de 1608, construit sous le règne du seigneur féodal de Karatsu. Un parc fleuri, un musée aux pièces typiques issues de fouilles archéologiques et un donjon offrant une vue panoramique sur la ville font de ce château un lieu incontournable si vous passez dans le coin !

Et si vous loupez le festival dont nous allons parler, pas de panique ! Vous pourrez admirer les chars de la procession depuis l’Hikiyama Float Exhibition Hall, près du sanctuaire Karatsu-jinja, où ils sont exposés toute l’année.

Qu’est-ce que c’est ?

Comme évoqué précédemment, le Karatsu Kunchi est une procession de chars se déroulant sur trois jours, annuellement. Il s’agit d’un des trois plus importants festivals de l’île avec Fukuoka et Nagasaki. Certains de ces chars impressionnants faits de feuilles d’or et d’argent peuvent atteindre jusqu’à sept mètres de hauteur et peser jusqu’à trois tonnes. Plusieurs défilés ont lieu durant les 3 jours, mais le moment fort de cet événement se déroule le 3 novembre. Nommé Otabisho Shinko, il s’agit d’une véritable démonstration de force et de technique de la part des participants. Il faut savoir que ces chars sont dressés sur quatre roues de bois et essieux fixes, ne leur permettant d’avancer qu’en étant tirés ou poussés. De longues cordes pouvant atteindre jusqu’à une centaine de mètres permettent aux porteurs de tirer les Hikiyama dans les ruelles sinueuses de la ville. L’Otabisho Shinko cependant se déroule sur la plage Nishinohama. Ce sont les 14 chars qui sont tirés par des centaines d’hommes en habits traditionnels, sur le sable, au son des tambours, des flûtes et des chants. Sur chaque char, un homme jette du sel devant sa « monture », afin de chasser les mauvais esprits.

© Oh! Matsuri

La diversité culturelle au sein d’une même ville

14 chars Hikiyama construits au fil des siècles, prenant la forme de figures mythologiques et légendaires sont ainsi célébrés chaque année dans la ville portuaire de Karatsu. Pourquoi 14, me direz-vous ? Chaque char correspond à un quartier de la ville, et chaque équipe de porteurs est reconnaissable aux couleurs qu’elle revêt pour l’occasion. En plus des chars et des vêtements, les musiques qui accompagnent la procession témoignent de la diversité culturelle au sein de Karatsu : le Michi-Bayashi est exclusif quartier de Katanamachi (machi signifie ville, village ou quartier) lors de la procession en direction du temple shinto. Le Tayeyama-Bayashi est utilisé lorsque les chars sont à l’arrêt. Enfin, le Seriyama-Bayashi intervient lorsque les chars sont en mouvement, et chaque char (chaque quartier, donc) a sa propre version, transmise de génération en génération.

© Oh! Matsuri

Des chars symboliques et des chars qui voyagent

  • 1819 : Akajishi – Le lion rouge du quartier Katanamachi
  • 1824 : Aojishi – Le lion bleu de Nakamachi
  • 1841 : Urashima Taro to kame – Représente le pêcheur du conte populaire, Urashima Taro, sur le dos de la tortue qu’il a sauvé et qui s’avérait être la fille du roi des océans – Quartier Zaimokumachi
  • 1844 : Minamoto Yoshitsune no kabuto – Représente le casque du samouraï Minamoto Yoshitsune – Quartier Gofukumachi
  • 1845 : Tai – Représente une daurade, et fait référence aux nombreuses poissonneries pour lesquelles le quartier était renommé – Quartier Uoyamachi
  • 1846 : Hoomaru – Le bateau Phoenix du quartier Oishimachi
  • 1846 : Hiryu – Le dragon volant du quartier Shinmachi
  • 1847 : Kinjishi – Le lion doré du quartier Hommachi
  • 1864 : Takeda Shingen no kabuto – Casque du guerrier éponyme, dont les poils blancs seraient faits à partir de poils de yack – Quartier Kiwatamachi
  • 1869 : Uesugi Kenshin no kabuto et Minamoto Raiko no kabuto – Quartiers Hiranomachi et Komeyamachi
  • 1875 : Tamatorijishi – Le lion qui joue sur le globe, du quartier Kyomachi
  • 1876 : Shachi – La baleine tueuse, de Kakomachi et Shichihomaru, le bateau aux sept trésors d’Egawamachi

Parmi ces 14 chars, certains ont subi des réparations, sans jamais être dénaturés. D’autres ont traversé les mers et foulé d’autres continents. C’est le cas notamment de Tai, la daurade d’Uoyamachi, qui en 1979 a défilé au Carnaval de Nice.

Enfin, il est judicieux de préciser que ce festival est classé Bien immatériel de la culture populaire japonaise. Cette appellation semblable au Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO regroupe les us et coutumes établis dans la vie courante et transmis de générations en générations. Le classement est ainsi accordé par l’Etat, s’il est estimé que la valeur de l’événement, de la tradition ou de la technique permet de comprendre l’évolution de la vie quotidienne des japonais.

 

Karatsu Kunchi 2013

Sources :

Source : JNTO,Frédéric Lacroix

Mots clés : CULTURE